LE CHIISME COMME VOIE POUR LA PERMANENCE DE L’EVEIL ISLAMIQUE
Par Misbaah TABU MBALE LUBANGI
RESUME
Nous voulons montrer à travers ce travail que seul le couple Coran-Infaillibles (Ahl-ul-Bayt) peut conduire à l’éveil islamique permanent. Ce couple est incaé dans le chiisme qui constitue l’Islam originel. Celui-ci diffère du sunnisme dans sa conception du Prophète de l’Islam et de l’homme musulman. Ainsi, en établissant la différence entre ces deux doctrines, nous cherchons à dégager des caractéristiques propres au chiisme avec lesquelles nous tenterons de démontrer leur capacité à entretenir perpétuellement la flamme de l’éveil islamique.
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE
0.1 Intérêt et choix du sujet
0.2 Problématique et hypothèses
0.3 Méthode et subdivision du travail
CHAPITRE PREMIER : ETUDE DES CONCEPTS
I.1 Éveil islamique
I.2 Le chiisme
I.2.1 Origine du chiisme
I.2.2 Les infaillibles
CHAPITRE DEUXIEME : LA DIFFERENCE ENTRE LE CHIISME ET LE SUNNISME
CHAPITRE TROISIEME : LES VALEURS DU CHIISME : FACTEURS DE LA PERMANENCE DE L’EVEIL ISLAMIQUE
CONCLUSION
NOTES ET REFERENCES
EXPRESSIONS-CLEFS
Éveil islamique-Chiisme-Sunnisme-Infaillible-Imam-Velayat-Marja’iyya-Couple Coran-Infaillibles-valeurs du chiisme
INTRODUCTION GENERALE
0.1 Intérêt et choix du sujet
Ce modeste travail s’inscrit dans le cadre de notre contribution dans la réflexion sur la permanence de l’éveil islamique qui fait suite au vague des mouvements de contestation qui traverse tous les contrées islamiques. Nous avons choisi le chiisme duodécimain pour ce travail parce que nous vivons dans un monde qui est entré dans une phase où des voix prônent le racisme, le fanatisme, le repli de cultures sur elles-mêmes et le rejet de la civilisation de l’autre et courons le risque permanent de s’aliéner suite aux nouvelles formes d’idéologie proposées dans celui-ci actuellement. Il est important aujourd’hui pour le monde musulman de faire un choix s’il désire retrouver son aura et son prestige d’antan : le retour à l’Islam originel incaé par le chiisme, pour une participation efficace à cette civilisation de la globalisation, de la mondialisation qui peut nous engloutir en effaçant nos origines. Ce courant de l’Islam prôné par les Imams d’Ahl-ul-Bayt, véritables successeurs du Saint Prophète (Salut et paix sur lui et sur sa famille), est une source de force et d’inspiration pour le monde islamique dans ses heures de gloire comme dans ses moments de détresse et la force qui l’aide à avancer et à se développer. Au fond, il sera question dans ce travail de parler du chiisme qui est une doctrine procédant du cœur même de l’Islam, remontant à l’époque même du Prophète (Salut et paix sur lui et sur sa famille), et qui doit sa naissance à la volonté expresse de ce deier. Cette doctrine possède une vision qui se repose sur la notion de la présence, exprimant le lien entre le Saint Coran et la famille du Prophète (Salut et paix sur lui et sur sa famille) qui est traduit par l’une des traditions du Prophète les plus rapportées par les sources islamiques. L’Envoyé de Dieu a dit : « Je vous laisse (après ma mort) les deux choses les plus lourdes : le livre de Dieu, et ma descendance, les Gens de ma maison. Ils ne se sépareront jamais jusqu’à ce qu’ils me rejoignent au Paradis. Tant que vous les suivrez, vous ne vous égarerez jamais » (1). Ainsi, outre le besoin de principes clairs, tout changement véritable de l’homme nécessite une présence constante, celle d’un être parfait (Infaillible) dont la mission consiste à la guidance de celui-ci et à l’affermissement de sa foi tout au long de son existence, et dont la plus haute manifestation est la figure de l’Imam qui est le prolongement logique de la prophétie. A travers celle-ci, nous voyons le souci qu’habitait l’Envoyé de Dieu de léguer à la jeune communauté musulmane une autorité sensée assumer la continuation de la guidance existentielle et assurer la réalisation spirituelle de l’homme dans la construction de son identité d’esclave de Dieu, affranchi de toutes formes d’idéologie hybride qui pullulent dans le monde. Il est à savoir cette doctrine ne laisse pas l’homme seul à la merci des vagues et des tourbillons dans cette nuit sombre qui caractérise notre époque, mais au contraire met à sa disposition un guide éclairé et infaillible sensé l’aider dans la quête de son identité perdue et dans sa recherche du bien-être tant dans ce bas monde que dans l’au-delà. C’est au cours de ce travail que nous allons découvrir le bien-fondé de cette doctrine et son essence qui situe la religion au-delà d’une simple révélation consignée dans un livre sacré et la présente aussi comme un lien spirituel à travers lequel se tissent les rapports entre le guide et les membres de la communauté.
0.2 Problématique et hypothèses
Qu’est-ce que le chiisme ? Le chiisme a-t-il dans le temps servi de modèle dans un quelconque mouvement d’émancipation des peuples ? Le chiisme regorge-t-il des valeurs susceptibles de pérenniser cette flamme de l’éveil islamique ? Le chiisme a fait l’objet de nombreuses controverses tout au long de son histoire, ce qui témoigne de la diversité de sens attribués à ce concept. A savoir, ils existeraient aujourd’hui des mouvements d’émancipations qui se réclament d’inspiration chiite. Et, en parlant de la différence ou des différences qui existeraient surtout entre le chiisme et le sunnisme, on découvre que plusieurs hypothèses sont avancées à ce sujet. La plus crédible parait reposer sur la conception que les deux doctrines ont du Prophète de l’Islam et de l’homme. Nous allons nous inviter dans les deières lignes de ce travail à étaler les valeurs du chiisme et ce qui pourrait être leur action dans la conservation de la flamme de l’éveil.
0.3 Méthode et subdivision du travail
Pour la clarté de notre dissertation, nous connaitrons trois moments, outre l’introduction et la conclusion dans laquelle nous présentons de propositions concrets pour un éveil islamique permanent. Dans le premier chapitre nous procéderons à l’étude des concepts dans laquelle nous nous étalerons sur le véritable sens à donner au concept chiisme. Dans le deuxième, nous établirons la différence entre le sunnisme et chiisme, en dégageant les particularités de ce deier. Enfin, nous établirons les rapports entre les valeurs du chiisme et leur capacité à rendre pérenne l’éveil islamique. La méthode comparative est adoptée dans l’élaboration de notre travail.
CHAPITRE PREMIER : ETUDE DES CONCEPTS
1.1. Éveil islamique
L’éveil se définit comme étant l’action d’éveiller ou de s’éveil. Avis donné à quelqu’un sur une chose qui l’intéresse et à laquelle il ne pensait pas. C’est lui qui m’en a donné l’éveil. (2)
Action d’éveiller ou de s’éveiller, mise en garde, manifestation initiale : l’éveil de l’intelligence. (3)
Fait de s’éveiller. (4)
Dans le cadre de ce sujet, notre démarche tend à inclure dans les questions philosophiques, les différents sens de l’éveil, du soulèvement et de la révolution. De ce fait, ces deiers auront le même sens.
Ainsi, la révolution telle que définie par les philosophes est la fin d’un monde et le commence de l’autre. Elle est vécue comme un changement brutal dans l’organisation politique et sociale d’un État. Elle se distingue foncièrement de la révolte et de l’insurrection qui se limite à un simple mouvement de contestation dirige contre une autorité établie.
L’islamique désigne ce qui appartient à l’islam, ce deier est la religion de Mahomet. Ce ne fut point par les armes que l’Islam s’établit dans la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion. (VOLT., Mœurs) (5)
Ainsi, les deux termes réunis traduisent la réalité de la résurrection du monde musulman après des décennies de léthargie mortelle et préjudiciable qui a vu son destin, ses richesses matérielles et humaines passés aux mains de ses ennemis. Les mêmes qui se sont évertués désespérément à arracher le mouvement de l’émancipation du monde musulman de sa source islamique, pour l’attribuer le fameux qualificatif du printemps arabe.
Cette définition de la révolution rencontre notre idée de l’éveil tel qu’il est vécu actuellement dans le monde musulman.
1.2. Le chiisme
Le mot arabe shi’a évoque l’idée de suivre et d’accompagner un groupe particulier. Dans son sens général, ce terme figure dans le Coran où il fait référence à tout groupe adhérant à une école de pensée ou à une personne.
Dans un sens strict, le chiisme désigne une branche de l’islam dont les membres sont souvent qualifiés de "partisans de ’Ali" (shi’at ’Ali), cousin et gendre du prophète Mohammad. Néanmoins, du point de vue d’un chiite, le chiisme n’est autre que l’islam intégral et authentique lui-même, qui a été professé par le prophète Mohammad en personne.
Tantôt taxé de mouvement sectaire déviant remettant en cause l’unicité divine, tantôt d’un simple avatar des luttes de pouvoir ayant succédé à la mort du prophète Mohammad, le chiisme a fait l’objet de nombreuses controverses tout au long de son histoire. Dans un contexte de rivalités interethniques et politiques, il a également parfois été présenté comme une pure construction identitaire destinée à singulariser les Iraniens face aux Arabes. (6)
1.2.1 L’origine du chiisme
Seyyed Mojtaba Moussavi Lari écrit dans le chapitre « Le chiisme à travers l’Histoire » de son livre « La question de l’Imamat » : « De nombreuses théories ont été élaborées par les spécialistes pour expliquer les origines du chiisme, les causes de son apparition.
Beaucoup de ses théories sont entachées de subjectivisme ou de parti-pris.
Pour certains le chiisme est apparue après la mort du Prophète, plus exactement au moment où les compagnons eurent à se prononcer au sujet de Sa succession…
D'autres inclinent à penser que le chiisme est apparu sous le califat même de Ali Ibn Abi Tâleb; et d'autres situent sa naissance quelques temps plus tôt, à l'époque du règne de Othmân.
Certains avancent aussi que le chiisme a été fondé par Ja'far al-Sâdiq, descendant de l'Imam Ali, et lui-même sixième imam pour les chiites.
Il y a des gens qui ont ajouté foi à l'idée que le chiisme à été inventé par les iraniens pour se venger des arabes, et qu'il n'a par conséquent que des causes politiques.
D'autres considèrent que le chiisme est inhérent à la société, et qu'il se propage en raison des développements qui interviennent dans la société musulmane, au cours des âges.
La thèse la plus excentrique, mais qui a longtemps passé pour la thèse quasi-officielle, du moins aux yeux des non-chiites, est celle qui fait du chiisme le produit de la pensée d'un personnage illusoire appelé Abdullah ibn Sabâ'.
La critique modee a largement contribué au rejet de cette thèse en en montrant les faiblesses, et en démontrant l'inexistence historique du personnage, simple création imaginaire manipulée par les ennemis du chiisme en vue de le discréditer.
Le Dr Tâhâ Hussein, le grand penseur égyptien, écrit:
"Ce que prouve, pour le moins, l'indifférence des historiens à l'égard de la Sabâ'iyya et d'ibn Sawdâ la bataille de Siffîn, est que cette question de la Sabâ'iyya et d'ibn Sawdâ'(autre nom d'ibn Sabâ), avait été forgé plus tard, lorsque la dispute est née entre les chiites et les autres sectes musulmanes. Les adversaires du chiisme voulaient y introduire un élément judaïque, pour comploter contre lui et lui porter atteinte.
Mais si ce personnage d'Ibn al-Sawdâ avait quelque authenticité, et quelque réalité historique, il aurait été normal et logique que son action eût un effet pertinent dans cette bataille complexe qui eut lieu à Siffîn, et on en aurait retrouvé un effet dans la discorde qui survint entre les compagnons de Ali, et qui les divisa pour toujours, au sujet du gouveement des musulmans."
Le docteur Muhammad Kurd Ali, écrit ce qui suit:
"Ce qu'enseignent certains auteurs à savoir que l'origine du chiisme consiste dans une innovation introduite par Abdullah ibn Sabâ, connu sous le suom d'Ibn al-Sawdâ', est pure imagination, une preuve d'ignorance de la doctrine du chiisme.
Quiconque apprend le rang qu'occupe ce personnage chez les chiites, qui le désavouent complètement, constatera l'unanimité de son rejet par les savants chiites. Mais il ne fait aucun doute que le berceau du chiisme fut le Hidjaz, pays natal de l'Imam Ali.
Le chiisme y était faible extérieurement, mais bien ancré dans les cœurs. Puis, il trouva à se répandre plus facilement en Irak sous le califat d'Ali ibn Abi tâleb."
D'autres chercheurs avancent cette thèse que le chiisme remonte à l'époque même du Prophète, et qu'il doit sa naissance à la volonté expresse de ce deier.
Un célèbre hérésiographe musulman, al-Hassan ibn Moussâ al-Nawbakhti, écrit dans son livre al-Maqâlât Wal Firaq (les opinions et les sectes):
"la première des sectes (au sein de l'islam) est la chi'a (le chiisme). Il s'agit de la secte de Ali ibn Abi Tâleb, dont les compagnons furent suommés chi'a tu Aliyyin (les partisans de Ali) à l'époque de l'Envoyé de Dieu et après sa mort.
Ils étaient connus pour leur attachement à lui, pour la reconnaissance de son rang d'Imam. Parmi eux, il y avait: al-Miqdâd ibn al-Aswad al-Kindî, Selmân al-Farssi, Abou Dharr al-Ghiffâri, Ammâr ibn Yasser. » (7)
L’auteur répond ainsi aux personnes mal intentionnée et mal informées qui cherchent a attribué au chiisme l’étiquette d’une « secte »forgée de toute pièce après la révélation prophétique.
1.2.2 Les infaillibles (Les Imams de Ahlul-ul-Bayt)
L’Ayattollah-‘Uzma Muhammad Hussein Fadlullah écrit :
« Après la mort du Messager de Dieu (P), certains hommes ont réussi à atteindre un très haut niveau d'honnêteté, de pureté, d'intelligence, de piété, ainsi que de spiritualité à tel point qu'ils ont su interpréter les révélations du Prophète (P); préserver le Message de l'Islam, guider la société islamique vers le droit chemin, l'ultime but…
Ces hommes sont les Imams de la Famille du Prophète (Ahl al-Bayt), les Gens de la Maison du Prophète (p), sa famille qui est libre de l'erreur et du péché, car Dieu l’a purifiée de toute souillure: «Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement, Ô vous les Gens de la Maison» [Coran XXXIII, 33], elle est ainsi Infaillible.
Quiconque la suit ne tombera pas dans l'erreur et atteindrera le vrai bonheur; le Prophète (P) a dit: «Ma Famille est comme l'arche de Noé; quiconque y prend place sera sauvé, quiconque s'en détoue sera noyé». (Hadith de Safina)
Il faut préciser que par «Famille du Prophète» ou Ahl al-Bayt (p) ou Infaillibles, ne sont pas désignés tous les descendants du Prophète (P), mais seulement les descendants directs, ceux qui sont accomplis dans les sciences religieuses et protégés contre le péché et l'erreur, en sorte qu'ils sont qualifiés pour guider et diriger les hommes.
Ces personnes sont 'Alî Ibn Abû Tâlib (p) et ses onze descendants (p) qui furent choisis l'un après l'autre en vue d’assumer l'imamat. Or, par Infaillibles on désigne non seulement les douze Imams de la Famille du Prophète (P), mais aussi le Prophète (P) et Fâtima (p).
Cela dit, parler der Infaillibles, c'est non seulement prendre exemple de leur engagement à défendre l'Islam, à le vivre, mais surtout c'est parler d'une méthode d'enseignement, d'une ligne de pensée, d'un cheminement politique ou bien encore d'une école visant à faire comprendre l'Islam.
Nul doute, que les Infaillibles (p) ont constitué un mouvement historique et une force motrice dans l'histoire de l'Islam et ont été également à l'origine de bouleversements sociaux grandioses.
C'est pourquoi, il est des plus appropriés de prendre connaissance du cheminement des Infaillibles et d'essayer d'embrasser les caractéristiques de leur école. »(8)
Le terme « Imam » dans le cadre d’Ahlu-ul-Bayt a une signification différente de celle reconnue à la personne dirigeant la prière rituelle, la figure de l’Imam dans le chiisme a une toute autre dimension et importance à la fois métaphysique, spirituelle et historique. Il est le successeur du Prophète, chargé du dévoilement des vérités cachées contenues dans le Coran ; son rôle dépasse beaucoup la fonction du calife, telle qu’elle entendue par les sunnites, loin d’être un simple leader politique, il est le « guide »choisi par Dieu pour conduire la communauté vers le salut
| ||
CHAPITRE DEUXIEME : LA DIFFERENCE ENTRE LE CHIISME ET LE SUNNISME
Certes, le chiisme répond à des spécificités théologiques et hiérarchiques qui le distinguent du sunnisme. Ces deux branches du même noyau qui est l’Islam paraient développer dans certaines questions théologiques et philosophiques des conceptions radicalement différentes.
Lorsque l’on pose la question : "Quelle est la différence entre le chiisme et le sunnisme ?", la réponse la plus communément entendue se résume à cette phrase : les chiites sont ceux qui, après le décès du Prophète Mohammad, ont considéré que le califat devait revenir à ’Ali, tandis les sunnites – la majorité – ont préféré suivre Abou Bakr qui devint effectivement le premier calife. Ce qui pousse à conclure que la différence entre ces deux tendances est consécutive d’un schisme survenu au sein de l’Islam après la mort du Prophète, et que celle-ci revêt une dimension essentiellement politique puisque portant sur la désignation d’un calife légitime pour la communauté musulmane. Ce qui suscite une autre question : « La différence entre chiisme et sunnisme se résume-t-elle pour autant à un conflit politique, à une lutte de pouvoir ? » Logiquement, la réponse est négative, puisque si c’était le cas, étant donné qu’il n’existe plus de califat gouveant l’ensemble du monde musulman, c'est-à-dire la cause à l’origine des dissensions, il ne devrait plus rester aucun motif de dissension à l’heure actuelle. Pourtant, la réalité nous prouve le contraire.
D’aucuns diront que la différence profonde entre chiites et sunnites réside dans l’existence de divergences au niveau de l’interprétation de la loi divine et de sa jurisprudence ? Cette hypothèse est à relativiser, puisque si le domaine juridique est compris comme une tribune de manifestation de certaines différences, il n’en est pas pour autant la cause. En effet, vu les intrications qui existent au niveau de différentes écoles juridiques de ces deux doctrines, les différences juridiques ne suffisent donc pas à justifier ce qui constitue le point de séparation essentiel entre chiisme et sunnisme.
De même si nous allons chercher les racines de cette différence dans le domaine théologique, nous trouverons qu’il existe dans ce domaine davantage d’intrications au niveau même de différents courants de pensées qui forment les deux doctrines en questions.
Puisque toutes les hypothèses avancées ne semblent pas satisfaire notre besoin de saisir la différence existant entre chiisme et sunnisme, serions-nous tenter de nous rabattre à cette idée simpliste qui consiste à dire que cette rivalité ne serait-elle alors qu’un malentendu dénué de fondement concret réel, une opposition historique qui a perduré du fait de l’existence de certains intérêts ou fanatismes, mais qui n’aurait concrètement plus lieu d’être sur le plan idéologique ?
Amélie Neuve-Eglise écrit dans le chapitre « Au cœur de la différence entre chiisme et sunnisme » de son article « Qu’est-ce que le chiisme ?» : « Loin de se réduire à une opposition politique, juridique ou théologique, la différence entre chiisme et sunnisme repose en réalité sur deux conceptions différentes de la religion et de son rôle dans la vie de l’homme. Dans cette optique, la question de la succession et du califat n’est qu’une conséquence de deux conceptions différentes de la religion, et non sa cause.
Une première conception de la religion consiste à considérer le Prophète de l’islam comme une personne ayant certaines qualités éminentes qui ont permis son accès au statut de prophète, mais qui n’en fut pas moins un homme comme les autres. Chaque croyant se doit donc de le respecter et de lui être reconnaissant d’avoir servi de canal de transmission entre Dieu et les hommes – mais rien de plus. La religion se limite dès lors à suivre la lettre de la révélation : elle organise les relations sociales entre les hommes, le régime alimentaire, le mariage…, tout en préconisant des actes d’adoration qui seront récompensés dans l’autre monde, dont l’apparence et les jouissances ressemblent fort à celles de ce monde. La religion consiste donc en quelque sorte à un report de plaisir de ce monde-ci à ce monde-là.
Une seconde vision de la religion repose sur une conception particulière de l’homme comme être composé de différentes dimensions existentielles entraînant elles-mêmes différents besoins : des besoins matériels et apparents, comme manger et dormir, mais aussi psychologiques et spirituels – ces deiers étant tout aussi vitaux que les premiers. Cet aspect spirituel se manifeste chez l’homme par une recherche constante de la perfection, de l’infini, un amour du beau, un sentiment d’insatisfaction face aux choses matérielles… Selon cette conception, le contenu de la révélation, qui s’adresse à l’ensemble des dimensions existentielles de l’homme, ne peut se limiter à dicter des principes extérieurs conceant la nourriture, les relations sociales, le droit… Bien au contraire, le sens profond de la révélation doit avant tout contribuer à l’épanouissement de ses capacités spirituelles et de sa vérité intérieure, dimension sans laquelle elle perdrait sa raison d’être.
Sur la base de cette vision de l’homme, l’ensemble de la religion et de ses règles les plus extérieures, de la question du halal à l’aumône et à la réglementation du mariage prendra une autre dimension : loin de trouver leur finalité en soi ou d’être respectées aveuglément pour "faire plaisir" à Dieu, ces règles seront mises au service de la réalisation de cette dimension spirituelle qui constitue l’essence de l’être humain, et qui ne peut pleinement se manifester qu’au travers de l’atteinte d’un équilibre entre les différents appétits et désirs matériels de l’homme extérieur. Ces règles prendront alors tout leur sens pour le croyant : loin d’être "pour Dieu", elles seront avant tout considérées "pour l’homme" et sa réalisation. La religion dans son ensemble prend alors une toute autre signification : l’ensemble de ses aspects, même les plus extérieurs, se voit conférer un sens spirituel profond, chacun participant à son niveau propre à la réalisation de cet homme intérieur.
Le chiisme se distingue également par sa vision particulière de la voie par laquelle se réalise l’accès au sens profond de la religion et l’accomplissement de cet homme spirituel – vision qui repose sur la notion de présence. L’un de ses postulats est qu’une révélation et sa compilation sous forme écrite – le Coran – ne suffisent pas pour réellement réformer et transfigurer l’homme. Si deux parents écrivaient un livre sur l’éducation, le meilleur qu’il soit, puis le remettaient à leurs enfants en espérant que cette lecture leur suffirait et remplacerait leur présence quotidienne, obtiendraient-ils les résultats escomptés ? Le chiisme s’appuie sur cette même logique : outre le besoin de principes clairs, tout changement véritable de l’homme nécessite une présence constante – celle d’un être parfait qui le guide et nourrit sa foi tout au long de son existence, et dont la plus haute manifestation est la figure de l’Imâm. » (9)
Ainsi, Le chiisme est vu comme une religiosité ouvrant à la philosophie en comparaison d’un sunnisme trop fixé sur une approche littérale. L’adoption du credo chiite est, la plupart du temps, le fruit d’une démarche intellectuelle. La comparaison entre les dogmes chiite et sunnite joue un rôle important, et la dimension mystique du chiisme (al-`Irfân) fait l’objet d’une fascination particulière. Il est aussi perçu – à tout le moins rétrospectivement – comme la possibilité de la reconquête d’un droit – celui des chiites à la direction de la communauté musulmane.
Abdelhafidh Ghersallah écrit dans le chapitre « La fascination du chiisme : quand individualisation et politisation vont de pair » dans la revue « Cahiers de l’Institut Religieux » : « Le discours du converti croise ainsi indissociablement deux dimensions : l’une mystique et individuelle, l’autre politique et collective. Cette confusion des genres est d’autant plus forte que le chiisme est aussi vu comme un moyen de combler un manque, ou de résoudre le décalage perçu entre la pensée sunnite et le temps présent. Le chiisme se vit alors sous sa triple dimension de réconciliation avec la modeité, d’ouverture à une foi non obsessionnellement normative et de quête d’un modèle politique islamique qui « marche ». (10)
Enfin, le chiisme se singularise par l’importance qu’il donne à l’Enseignement, en tant que travail de développement et de transmission des aspects et fondements religieux au fil du temps. Cet aspect est fondamental puisque, au-delà de notions telles que le droit canonique, la cosmogonie et l’anthropogonie, ou encore la théologie et l’imâmologie, ce sont la walâya (ou principe d’allégeance) et le ta’wil (noyau de la foi) qui participent des croyances des chiites pris au sens large.
CHAPITRE TROISIEME : LES VALEURS DU CHIISME : FACTEURS DE LA PERMANENCE DE L’EVEIL ISLAMIQUE
Fort de ses valeurs intrinsèques le chiisme est présenté et perçu comme une forme « d’islamisme qui marche », capable de proposer des formes réussies d’idéaux véhiculés par le discours de l’islam politique (révolution, État islamique, résistance, justice, anti-impérialisme).
Et, l’histoire nous enseigne que cet islamisme qui marche fut d’abord incaé – dans les années 1979 – par la révolution iranienne qui s’est inspirée du soulèvement de l’Imam Hussein (Paix sur lui). À l’orée du troisième millénaire, c’est le modèle du Hizbollah, sous l’ombre de cette révolution, qui fouit aux autres pays musulmans la success story militante de référence où le projet porteur n’est plus la révolution, mais la résistance dans la durée.
Le guide suprême dit dans son discours prononcé devant les cadres du pays à l'occasion de la commémoration de la date anniversaire du noble prophète de l'Islam : « faut que nous nous ressaisissions, que nous comprenions que notre décision marquera un touant de l'histoire de l'Islam. Nous ne sommes pas les seuls à être conceés par cette décision. Aujourd'hui, aucune autre perspective ne se présente à l’Umma islamique, si ce n'est celle de reprendre confiance en soi, d'éviter de se perdre dans de mauvais calculs et de résister à la tyrannie ; nous conseillons à tous les musulmans de considérer à sa juste valeur ce qui fait leur force, à savoir le legs que la religion musulmane leur a laissé : la dignité, l'honneur, le respect de soi, la volonté de faire valoir leurs droits. Aux musulmans, il faut une connaissance élargie de leur histoire, de leur civilisation, une connaissance sur quoi il convient de s'appuyer pour braver humiliation et mépris, inimité et rancune. C'est cela notre message et notre souhait dans un monde dominé par les sionistes. » (11)
Les valeurs du chiisme non seulement servent d’attrait aux esprits épris de justice, de raison et de liberté mais constitue un facteur déterminant dans le mouvement d’éveil religieux et travaillent à la pérennisation de cet état. Nous allons esquisser cette réalité par les écrits et témoignages recueils par Abdelfidh Ghersallah, professeur de sociologie de l’Islam à l’université d’Oran. Dans ces témoignages
Il écrit dans « L’introduction » de son article « Le chiisme en Algérie : de la conversion politique à la naissance d’une communauté religieuse », en comparant le chiisme au courants salafistes : « En parallèle, et en particulier face à la montée des courants salafistes, le chiisme offre ensuite à ces milieux instruits une offre religieuse répondant à une quête de sens fondée sur une religiosité mystique dégagée du souci sunnite de la norme. » (12)
Parlant de la conversion au chiisme dans le chapitre « La fascination du chiisme : quand individualisation et politisation vont de pair » du même article : « Dans sa dynamique intee, la conversion au chiisme se structure à la fois sur l’attraction d’un modèle politique et d’une foi. La conversion au chiisme est tout d’abord vécue comme une certaine forme d’élévation sociale, culturelle et de progrès de civilisation. Il permet une réalisation de soi loin du dogme sunnite présenté comme un culte de l’interdit. » (13)
Il écrit conceant le discours prosélyte chiite, dans le même chapitre : « De manière récurrente, le discours prosélyte chiite se fonde sur un retour sur l’histoire. Il rappelle la tragédie du martyre de l’imâm Hussein dans la bataille de Kerbala en l’an 61 de l’année hégirienne et dramatise l’injustice vécue par les Âhl al-Bayt servant à valoriser un modèle, celui des imams du chiisme duodécimain. » (14) Et continue en citant les propos d’un professeur d’université : « La stratégie de conversion se focalise avant tout sur l’événement traumatique de la mort du maître des martyrs – sayyed al-shuhada’ – al-Hussein narrée avec force détails provoquant la tristesse et, par là, renforce le lien affectif avec les Âhl al-Bayt et le drame qu’ils vécurent.
Nous commençons par développer une relation forte avec les Âhl al-Bayt avant de venir à la description des guerres provoquées par la grande fitna et les souffrances de l’imam Ali dans les batailles d’al-Jamal et de Sifîn8 afin de mettre en avant le conflit entre les Âhl al-Bayt et les compagnons du Prophète. Nous apprenons ensuite à redécouvrir l’histoire de Fatima al-Zahra’et ses souffrances. Le but de cet apprentissage est la prise de conscience de l’usurpation du droit à la direction des affaires des musulmans subie par les Âhl al-Bayt. Faire prendre conscience du choc historique représenté par la bataille de Kerbala suffira à rallier le monde entier à la cause du chiisme ». (15)
Parlant du soutien de l’Iran à la cause palestinienne et à la résistance libanaise, cite les propos d’un artisan : « Encore plus expressément politique, cet artisan considère que : « Nous sommes loyaux à l’Iran, car il soutient la résistance au Liban et en Palestine et par ce qu’il applique la Loi divine, parce que c’est à ce jour la seule révolution réussie et parce que, contrairement aux autres États arabes dociles, elle n’entretient aucune relation avec les deux Satan-américain et Israélien. L’Iran, pour nous, c’est la liberté, la fierté, la religion, la force.
C’est un État développé qui a réussi à se hisser au rang des pays détenteurs de la force nucléaire pour l’usage civil ou autre. Après tout, l’arme atomique n’est pas réservée aux uns et autorisée aux autres ; tout le monde désormais est sur pied d’égalité. » (16)
Il écrit dans le chapitre « les trois moments du chiisme Algérien », en comparant le chiisme à l’idéologie de frères musulmans : « La rhétorique chiite s’escrimait à invalider le modèle islamiste des Frères musulmans, arguant de son incapacité à remplir ses objectifs après plus de soixante ans de militance. À l’inverse, selon eux, la ligne politique suivie par les Âhl al-Bayt a trouvé dans le modèle iranien contemporain le couronnement de sa démarche. C’est de sa capacité à se réaliser concrètement que le projet politique révolutionnaire chiite tirerait sa validité » (17) Et cite les propos d’un professeur d’université : « J’ai été éduqué, raconte ce professeur d’université de 47 ans, dans une cellule dévotionnelle –usra – des Frères musulmans au début des années 1980 lorsque l’organisation des Frères a été formée en Algérie. J’ai reçu ma formation à l’idéologie du changement et du coup d’État et à la nécessité de changement culturel et spirituel. J’ai adopté les idées du martyr Hassan al-Bannah lequel m’a fait prendre conscience que l’islam était un système complet de vie. Quant à Sayyed Qutb, j’ai retenu de lui la nécessité du combat pour la justice (al-sira’ min ajl al-haq) et j’en ai trouvé personne qui incae cette posture mieux que l’imam Khomeini qui a réussi à réaliser la République islamique, rêve de tout islamiste à ce moment-là. Et cela n’a pu se faire qu’avec l’esprit et la tutelle des imâms des Âhl al-Bayt. Le chiisme, cela représente dans l’histoire la victoire de la justice, celle-là même dont les références et les symboles sont effacés par les sunnites. Ce sont les imâms des Âhl al-Bayt qui sont les dépositaires de la Prophétie et les agents du changement. À l’inverse, la pensée des Frères n’est guère plus qu’une idée capable de susciter l’adhésion, mais incapable d’affecter concrètement la situation des musulmans. » (18)
Faisant allusion à l’Imam Khomeini dans le même chapitre, écrit : « Dans ce contexte de conversion à triple détente, mystique, politique et théologique, la personnalité de l’imam al-Khomeini offrit le modèle de référence : personnalité charismatique par excellence, guide spirituel, chef politique, descendant d’une lignée chérifienne, cumulant des savoirs multiples croisant sciences religieuses, politique, gnose chiite – ‘irfân –, il réussit à coupler le religieux et le politique, la dimension mystique et la geste révolutionnaire, la période de l’absence (l’attente messianique du retour de l’imam caché) et la présence (œuvrer par la mise sur pied d’un État islamique à accélérer le retour de l’imam caché). Cumulant ces dimensions multiples, la personnalité de l’imam Rouhollah al-Khomeini a joué un rôle déterminant dans le processus de conversion au chiisme en Algérie. » (19)
Parlant du témoignage d’un professeur de l’université qui compare les savants chiites aux savants sunnites, écrit : « Une génération après les conversions des pères fondateurs, ce professeur d’université de 46ans, rallié au chiisme en 2003, pose ses motivations dans une grille anti-impérialiste où le salafisme est, selon lui, dans le mauvais camp. » (20) Et cite ses propos : « Bien avant ma conversion au chiisme, j’étais déjà en guerre ouverte avec le wahhabisme. Pensée obscurantiste, le wahhabisme c’est le problème de l’islam dans le passé proche comme encore aujourd’hui. Moi, comme intellectuel, et le salafisme, nous sommes deux contraires qui ne peuvent se rencontrer. Pour moi, le droit chemin et la religiosité correcte, c’est celle de l’école d’Âhl al-Bayt. Aucun point de comparaison possible entre l’imâm al-Khomeini, le martyr Bâqer al-Sadr, le penseur Ali Shariati, le leader de la résistance Sayyed Hassan Nasrallah d’un côté et, de l’autre, Mohamed Abdel-Wahab qui a avalisé les massacres et les accusations en apostasie, et ses suivants comme les shaykhs al-Uthaimin ou encore al-Albânî, lequel promulgua une fatwa appelant les Palestiniens à quitter la Palestine. Pas de point de comparaison entre la nuit et le jour, entre l’Iran défiant l’Occident et l’Arabie saoudite agente des ennemis de l’Islam. » (21)
Dans la même logique d’idées, parlant d’une jeune convertie qui décrit le wahhabisme, écrit : « Mais l’islam chiite n’est pas seulement une idéologie de résistance : c’est aussi une manière de se projeter dans la raison, la modeité et la philosophie, dans un contexte local encore marqué par les plaies de l’ultra violence des années 1990. Ainsi, une jeune convertie de 23 ans, diplômée universitaire en sciences humaines, explique :’’ Le dogme wahhabite représente un danger non seulement pour nous, mais pour la Communauté musulmane et l’Islam dans son ensemble. Il est à l’origine de la violence, du terrorisme, du meurtre des civils en Algérie et en Irak. Le wahhabisme et le mode de vie bédouin sont barbares de la même façon: pantalons à mi-mollet27, barbes hirsutes, pensée figée et obsession pour les interdits. Moi, j’ai choisi l’école de pensée des Âhl al-Bayt, car elle exprime le vrai Islam, l’Islam de la civilisation, j’ai choisi l’Iran contre l’Arabie saoudite, la civilité contre la bédouinité.’’» (22)
Il continue dans cette logique, en citant un autre converti : « Dans la même veine, un converti de 38 ans raconte : ‘’ J’ai décidé d’être chiite en suivant l’école des Âhl al-Bayt après une longue période d’examen. L’environnement religieux grouillait de salafistes radicaux et obtus pour lesquels aucune vie religieuse n’était concevable en dehors de ce milieu wahhabite décadent, selon moi, à tous les niveaux : spirituel, civilisationnel, intellectuel ; la religiosité salafiste est mauvaise en toutes choses. Et aucune issue n’était possible, si ce n’est par le biais de l’adhésion au credo des imams des Âhl al-Bayt, dans leur science, leur littérature, leur philosophie, leurs expressions artistiques élevées. Il n’est pas étrange que l’on trouve un philosophe comme Henry Corbin, dont les voyages dans les mondes chiites aboutirent au final à son adhésion au dogme duodécimain ; serait-ce même possible d’imaginer un Henry Corbin salafiste ?! » (23)
Parlant du fonctionnement du salafisme, écrit : « En d’autres termes, durant les années 1990, années de domination salafiste quiétiste sur le champ religieux en Algérie, le chiisme s’est imposé, auprès de certains cercles instruits, à partir d’une polarisation chiisme-salafisme fonctionnant à deux niveaux, l’un politique, l’autre philosophique.
Au niveau politique, le chiisme en est venu à représenter l’engagement sur les causes de l’Islam et de la justice face à la démission politique que porte en lui le salafisme quiétiste.
Au niveau philosophique, l’adhésion au credo chiite est érigée en alteative au caractère jugé rigide et primaire du salafisme, nourrissant au passage également des stratégies de distinction religieuse de la part de cette intelligentsia comme l’illustre bien implicitement, la référence faite à l’itinéraire d’Henry Corbin dans la citation précédente. » (24)
Il écrit conceant le succès militaire du Hizbollah : « La résistance (libanaise) du Hizbollah s’imposant comme nouveau modèle de la capacité de l’islamisme – chiite – à produire du résultat suite au retrait israélien de 2000.
Le Hizbollah, après le retrait israélien, est devenu une quasi-légende dans l’imaginaire arabo-islamique : Hassan Nasrallah fut érigé en sauveur et chef libérateur de la Nation arabe et musulmane. Hassan Nasrallah incaait l’image du chef arabe inspiré et le symbole religieux de la tradition chiite victorieuse. Les acteurs du courant chiite investirent alors dans ce couplage du leader arabe et du chef spirituel chiite pour faire avancer leur cause dans la région arabe n’ayant, récemment, vécu que revers et échecs : au guide spirituel perse distant succéda alors une référence culturellement proche de la conscience et du sujet arabe. » (25)
Tous ces témoignages prouvent à tel point les spécificités et les valeurs du chiisme telles la religiosité correcte, l’idéologie de résistance, le retour sur l’histoire, le couple religieux et politique, la dimension mystique, la geste révolutionnaire, l’honneur et le respect de soi peuvent contribuer à une prise de conscience collective au sein des sociétés musulmanes, en les en accompagnant dans la réalisation de leur auto-détermination, tout en établissant de bases solides sur lesquelles celle-ci sera placée.
PROPOSITIONS ET CONCLUSION
Il n’y a pas d’issue véritable pour l’opprimé dans la résignation à son sort et dans l’acceptation de sa situation. Cette voie ne mène pas à l’épanouissement, mais à l’avilissement. Alors quelle voie suivre pour la libération du peuple opprimé musulman ?
Martin Luther KING nous éclaire là-dessus : « Accepter passivement un système injuste, c’est en fait collaborer avec ce système. L’opprimé devient par-là aussi pécheur que l’oppresseur. Ne pas collaborer au mal est une obligation morale, au même titre que collaborer au bien. L’opprimé ne doit jamais laisser en repos la conscience de l’oppresseur ». (26)
Dans la lutte contre la corruption, l’injustice et l’oppression, l’Islam a toujours privilégie l’intérêt général de l’homme. Mohammed Hussein FADLALLAH le précise : « En adoptant dans sa législation le jihad et la défense comme deux principes fondamentaux, l’Islam opte pour un choix difficile, celui de l’affrontement, qui va dans le sens de l’intérêt général de l’homme ». (27)
Pour l’Islam le jihad et les soulèvements sont parmi les plus importants facteurs des changements intees dans l’histoire, mais toute fois la conception de la force en Islam diffère à celle de colonialistes et de Grandes-Puissances. Ces deiers ont usé de leur force politique et économique, dans le monde musulman, pour consolider les bases du colonialisme et de la domination, afin de s’emparer de ses ressources naturelles et matières premières. Ils ont utilisé leur force politique et militaire pour asseoir des régimes iniques, afin d’humilier et asservir les peuples. La force pour l’Islam « c’est celle qui s’impose des limites propres et qu’elle ne permet pas de dépasser, et ne se meut que dans le cadre de l’action légitime reposant sur le fondement moral islamique de la vie et déterminé par les grands objectifs de l’Islam ». (28) Celle-ci est utilisée pour assurer l’unité de la communauté, pour sauver et libérer la patrie islamique de la domination et de l’influence des colonialistes et des états qui leurs sont inféodés. Que faire pour entretenir la flamme de l’éveil dans le monde musulman ?
En fait, notre souhait est que l’éveil du peuple soit permanent dans le monde musulman. Aussi, proposons-nous aux leaders des mouvements d’insurrection :
La liste n’est pas limitative, elle est ouverte. De nouveaux principes peuvent y être ajoutés pourvu qu’ils attisent et entretiennent la flamme de l’éveil.
Nous voici arrivé au terme de notre dissertation. Notre ambition n’est pas tout à fait atteinte. Nous avons recouru à quelques idées seulement qui nous paraissaient essentielles pour illustrer la contribution du chiisme dans l’éveil permanent du monde musulman.
Ce travail nous a permis de se familiariser avec le processus normal du soulèvement des peuples, qui commence par l’éveil, qui passe par la décision et la volonté d’agir. Le facteur religieux en est l’élément moteur : L’un des caractères de l’Islam est qu’il prêche à ces adeptes l’esprit de contestation, de lutte et de négation d’une situation défavorable.
Pour ce faire, nous avons jugé bon de procéder par la comparaison de résultats obtenus sur le terrain par les différents courants de l’Islam, pour choisir le meilleur capable de réaliser les attentes du monde musulman.
Enfin, c’est de la puissance de l’Islam originel, de la force de la foi, de la force morale du peuple que vient la victoire. Ce n’est pas la force du nationalisme, du wahhabisme, du salafisme et autres idéologies dérivant du sunnisme qui vont vaincre les régimes dictatoriaux et militaires qui ont pris en otage les pays musulmans, mais c’est la force de la foi, c’est la force de l’Islam exprimée par la quête du martyre. Tel doit être le vœu du monde musulman.
L’Islam chiisme annonce une bonne nouvelle selon laquelle le plus haut et le deier stade du cours de l’histoire est nettement heureux. Il affirme que l’apogée de l’histoire et la fin des efforts humains enregistreront le triomphe total et logique de la vérité et de la justice. (29)
D’où la nécessité d’attiser, d’entretenir et de maintenir la flamme de l’éveil dans l’attente de la victoire définitive et finale, laquelle passe par l’intériorisation des idéaux du chiisme présentés par le couple « Coran-Infaillibles (Ahl-ul-Bayt) ».
NOTES ET REFERENCES
1- Rapporté par Muslim, Tirmidhi, al-Hakim, Ibn Hanbal, Ibn Sabbagh al-Maliki
2- Dictionnaire le Littré 1.0
3- 38 Dictionnaires et Recherche de Correspondance
4- Petit Larousse 2010
5- Dictionnaire le Littré 1.0
6- Amélia Neuve-Eglise, Qu’est-ce que le chiisme, in la revue Teheran : mensuel culturel iranien en langue française, n°72, novembre 2011
7- Seyyed Mujtaba Moussavi Lari, La Question de l’Imamat, http : //www.albouraq.org
8- Propos de l’Ayatollah-‘Uzma Muhammad Hussein Fadlullahhttp://www.français.bayynay.org
9- Amélia Neuve-Eglise, op.cit
10- A bdelhafidh Ghersallah, Le chiisme en Algérie : de la conversion politique à la naissance d’une communauté religieuse, in Cahiers de l’Institut Religioscop, n°8, mai 2012
11- Le phénomène de l’éveil islamique dans l’optique du gui de suprême : discours du Guide Suprême prononcé devant les autorités du pays à l’occasion de la bienheureuse anniversaire de la naissance du noble prophète de l’Islam, http://www.localhost
12- A bdelhafidh Ghersallah, op.cit
13- Idem
14- Idem
15- Idem
16- Idem
17- Idem
18- Idem
19- Idem
20- Idem
21- Idem
22- Idem
23- Idem
24- Idem
25- Idem
26- V.BURHENNE et R.F.COTTON, op.cit, p.61.
27- Mohammad Hossein FADLALLAH, L’aspect moral de la force en Islam, éd. Cité du savoir, Montréal,
28- Idem
29- BEHECHTI et BAHONAR, Philosophie de l’Islam (livre 1), éd. Cité du savoir, Montréal
science et religion...
ما را در سایت science et religion دنبال میکنید
برچسب: نویسنده: بازدید: 67